Gémenos : de la biodiversité des cigales… dans un jardin

Il est vrai qu’écrire un article sur les cigales en janvier peut surprendre. D’un autre côté, ayant un retard monstre à rattraper, et ayant un peu de temps au moment où j’écris, autant en profiter.

Celà fait plusieurs années que je photographie les cigales. Cela fait également plusieurs années que je ramasse les exuvies de cigales… Sans trop savoir quoi en faire d’ailleurs. C’est en mettant au point une petite activité pour le boulot (pour les curieux : Biodiversité locale : les cigales – comme ça vous savez quel travail je fais), que je me suis dit : et pourquoi ne pas aller encore plus loin?

Aussitôt dit, aussitôt fait.

Ce qui est pénible avec les cigales, c’est la recherche des exuvies : il y en a partout et tout le temps. Il faut faire attention où on met les pieds, car quand les larves décident de toutes sortir en même temps, ça peut littéralement grouiller dans la pelouse l’herbe du jardin.

Ce qui est marrant avec les cigales, c’est la recherche des exuvies : il y en a partout et tout le temps. Les enfants adorent ça et rigolent comme des petits fous en les voyant faire un acte majeure et essentiel pour leur espèce : la métamorphose (on en reparlera dans un autre billet – où comment prendre à témoin le web pour s’obliger à faire quelque chose).

Ah! Mais peut-être que vous ne savez pas ce qu’est une exuvie? C’est ça :

Exuvie cigale

Olympus E-M5 : ISO 200, focale 60mm, ouverture f/5.6, obturation 1/500s

C’est ce qu’il reste après que la larve (merci à Choupette, notre modèle)…

Larve de cigale

Olympus E-Pl5 : ISO 200, focale 60mm, ouverture f/9, obturation 1/400s

…Ait trouvé le coin adéquat pour se métamorphoser en quelque chose de fluo…

Cigale

Canon 7D : ISO 400, focale 100mm, ouverture f/8, obturation 1/250s

… Avant de prendre une couleur normale 2 heures plus tard (en tout cas, c’est ce que j’ai constaté pour Lyrsites plebejus).

Elles font ça n’importe où, la preuve :

  • sur une copine
Exuvie de cigale

Canon APS-C : ISO 400, focale 100mm, ouverture f/11, obturation 1/250s

  • sur un mur
Metamorphose cigale sur béton

Olympus E-M5 : ISO 200, focale 60mm, ouverture f/5, obturation 1/500s

  • agrippée à un grillage
Metamorphose cigale sur grillage

Fuji S100FS: ISO 400, focale 23.5mm, ouverture f/4.5, obturation 1/125s

  • sous un toboggan
Metamorphose cigale sous toboggan

Canon APS-C : ISO 200, focale 100mm, ouverture f/5.6, obturation 1/250s

  • sur un ballon
Metamorphose cigale sur ballon

Olympus E-M5 : ISO 200, focale 60mm, ouverture f/5, obturation 1/400s

And so on car il y a urgence en pareil moment.

Dans « le coin » on a toutes les chances de rencontrer, théoriquement, 3 espèces différentes de cigales si on en croit les différentes sources d’information naturalistes :

  • Lyristes plebejus, la cigale plébéienne, la plus grande;
  • Cicada orni, la cigale grise;
  • Cicadatra atra, la cigale noire, la plus petite.

Pour plus de détails sur leur détermination, ça se passe sur le site de l’Onem.

Mais comment peut-on mettre en évidence la biodiversité des cigales?

En les pesant? Il y a peu j’ai pesé 200 exuvies mesurées : il y en avait pour à peine 11 grammes. De plus, les plus grandes exuvies (celles de Lyristes plebejus) sont souvent recouvertes de boue, et  il manque souvent des pattes aux plus petites.

En mesurant leur largeur? Malheureusement le trou de sortie de l’imago (i.e. : l’adulte), essentiellement thoracique côté dorsal, n’est pas de largeur constante, de plus il est fragile : la mesure en est d’autant plus compliquée.

La seule solution consistait à mesurer la longueur totale du corps au pied à coulisse (numérique pour faciliter le travail), sans tenir compte de la courbure de l’exuvie qui est variable d’un individu à l’autre, et en faisant attention à la fragilité des petites exuvies : bref, un travail qui demande du temps et de la patience.

Le résultat final tient dans ce fichier (format .ods de Open/Libre office : Cigale_Exuvies_DeNaturalicence creative commons BY-NC-ND 3.0 FR) : je n’ai laissé que les mesures de longueur.

  • jardin 2013 et 2014, concernent les exuvies récoltées dans mon jardin.
  • parc 2014 concerne les exuvies récoltées dans un espace vert sur mon lieu de travail actuel, dans la même période que jardin 2014.
  • les récoltes s’étalent de fin juin à mi-juillet, période de sortie de terre des larves.

Il est bien évident que pour un puriste, aussi bien depuis la récolte que jusqu’aux mesures, tout est critiquable. Néanmoins, cette façon de faire très simple et bien pratique est suffisante pour avoir une bonne approche de la réalité.

Les résultats en graphique.

Dans le jardin en 2013, 161 exuvies récoltées.

Cigale_jardin2013

Exuvies récoltées dans le jardin en 2013

On obtient un beau graphique à deux sommets (les mathématiciens parleraient de gaussienne bimodale), qui aurait pu être encore plus jolie si j’avais pris la peine de mesurer toutes les exuvies au lieu de me limiter à un échantillon de 161 exuvies, passons.

Ce type de graphique intéresse le naturaliste, en tout cas le naturaliste en herbe que je suis, puisque d’une part il met en évidence l’existence de 2 espèces (une espèce par groupe de valeurs), ce que confirme l’écoute des chants : dans mon jardin il n’y a que la grande plébéienne et la grise. D’autre part, au sein de chaque espèce on remarque une certaine diversité matérialisée par des différences de longueur appréciables. Pour faire très scientifique, on pourrait dire qu’un tel graphique met en évidence la diversité intra-spécifique des cigales, mais également la diversité inter-spécifique.

Dans le jardin en 2014, 54 exuvies -seulement- récoltées

Cigale_jardin2014

Exuvies récoltées dans le jardin en 2014

Cette fois-ci, l’effectif est faible. J’explique ceci, en tout cas en partie, par le fait qu’en été 2013 il y avait un chien qui avait tendance à décourager les gros oiseaux, là ou en 2014 le chien n’était plus là (malheureusement). Un couple de pies en a profité pour construire son nid à proximité de mon jardin : je suppose que leurs petits ont été bien nourris étant donné que les pies étant tout le temps dans l’herbe.

Toujours est-il que la variation d’effectif est importante et que le nombre d’exuvies n’est pas assez élevé pour en déduire quoique ce soit avec rigueur. Tout au plus je peux dire que l’écart d’effectif entre les eux espèces s’est réduit, et ce au dépend de la plus grande qui aurait peut être été plus ciblée par les prédateurs?!

Dans le parc en 2014, 201 exuvies récoltées.

Cigale_parc2014

Exuvies récoltées dans le parc en 2014

Là vous pouvez constater l’évolution par rapport aux précédents graphiques.

A vol d’oiseau, cette station est située 1Km plus au sud que le jardin. Et là, il y avait bien trois chants, car en plus des deux habituelles, j’ai entendu bien distinctement les cymbalisations des cigales noires. Cette fois-ci j’ai fait la distinction entre les exuvies « grandes » (en jaune) caractérisées par une chitine plus épaisse et les « petites » (en rouge), plus fragiles, car je me doutais que les larves de cigales grises et celles de cigales noires risquaient d’avoir des tailles proches, donc leurs exuvies aussi.

Sur le graphique on a la confirmation là encore que les grandes L. plebejus étaient là aussi moins nombreuses… A moins que là encore les pies, très présentes, n’aient fait quelques ravages. Ceci dit le grande nombre de « petites » exuvies (en rouge ici) représentaient 85% (effectif de 171) des exuvies récoltées. L’explication serait ailleurs, surtout si on tient compte de la longueur de la phase larvaire dans le développement des cigales, stade qui peut durer quelques années et qui est variable selon les espèces. En clair, il y avait beaucoup de  L. plebejus en 2013, d’ailleurs les débuts de soirée étaient véritablement très bruyantes voire assourdissantes, il n’est pas étonnant qu’il y en ait eu moins l’année suivante.

Avec une telle représentation, on visualise bien la zone de démarcation entre L. plebejus et au moins C. orni vers 25mm sur ce graphique.

On ne peut pas dire qu’on obtienne une belle gaussienne en ne se limitant qu’aux « petites » exuvies. De plus, d’après la clé de détermination de l’Onem citée plus haut, la cigale grise (C. orni) aurait, adulte, un corps d’une longueur moyenne de 28mm quand la noire (C. atra) atteindrait 18mm en moyenne. J’en arrive donc à supposer que les effectifs de C. atra sont plus répartis vers la gauche du graphique, quand ceux de C. orni sont plus calés sur la droite jusqu’aux 25mm de long : les deux graphiques de répartition seraient imbriqués. Je me heurte donc à la méthode de mesure choisie : il semble très difficile (pour ne pas dire impossible) de différencier les exuvies de C. orni et de C. atra en ne se basant que sur la longueur des exuvies.

D’ailleurs, si je modifie la taille de mes plages, en passant de 0.5mm à 0.25mm, j’ai même l’impression que du côté des « petites » exuvies (en rouge toujours), on peut y voir comme une gaussienne bimodale…. Ou alors je me heurte à la qualité des mesures faites.

Cigale_parc2014v2

Exuvies récoltées dans le parc en 2014

A suivre donc.

One thought on “Gémenos : de la biodiversité des cigales… dans un jardin

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