Aller et retour à la croisée des chemins

La croisée des chemins fait référence au fait que l’action principale se déroule quasiment au point de convergence entre les limites des départements du Cher, de la Nièvre et de l’Allier. D’ailleurs, on est même en bordure d’Allier.

Pour aider le lecteur, nous sommes au Centre de la France, et même au fin fond du centre. En effet, pour se rendre sur place (depuis le sud-est de la France), il faut passer par une belle route large et dangereuse car encombrée de poids lourds. On traverse de nombreux villages… fantômes, dans lesquels vous ne voyez ni piétons, ni même une voiture ne serait-ce que garée devant une maison. Les maisons justement, elles ont souvent les volets fermés…. Pour aller dans ce petit coin de paradis, il faut passer par un no man’s land assez lugubre.

Pour y voir quoi ? Fin octobre / début novembre, la saison n’est pas idéale pour la macro-photo. Ceci dit il y a toujours des invités surprises (enfin pas pour Christian qui me précise que « c’est de saison »)  une jolie femelle de sympetrum strié (Sympetrum striolatum, Odonata Anisoptera Libellulidae)…

Sympetrum striolatum

Canon 7D : ISO 100, focale 400mm, ouverture f/5.6, obturation 1/640s

Qui n’a jamais voulu se laisser approcher dans ce sous bois de ripisylve, d’où l’utilisation d’une longue focale (400mm) pour la capturer. Qui dit longue focale, dit en général qu’on cherche à photographier des oiseaux, voire même des mammifères… Et justement on m’avait indiqué un chemin où je pouvais en voir.

A peine arrivé, et sitôt en marche que les rencontres n’ont pas tardé. Nous sommes aux environs de 18H30.

Hop ! Un chevreuil (Capreolus capreolus, Mammalia Cervidae), une femelle.

Chevreuil

Canon 7D : ISO 3200, focale 400mm, ouverture f/5.6, obturation 1/80s

Au début je n’y  ai même pas cru, pensant que c’était la légère brise (qui m’était favorable) qui me jouait des tours avec les branches. Mais si ! C’était bien un chevreuil!

Je me baisse lentement. Il faisait trop sombre, il fallait que je change l’objectif de boîtier, sinon je ne risquais de réussir à immortaliser que de la bouillie de pixels. J’ai donc ouvert mon sac photo, j’ai effectué les échanges, j’ai tout refermé puis tout remis sur le dos et j’ai relevé la tête : zut ! Plus personne !

J’ai alors continué ma route, toujours silencieusement, tout en sachant que si c’était comme dans le sud-est mon imprévoyance allait me coûter cher… Mais on n’était pas dans le sud-est : 20 mètres plus loin il y avait 2 chevreuils !

Chevreuil

Canon 6D : ISO 10000, focale 400mm, ouverture f/5.6, obturation 1/320s

Il faut croire que je ne les avais pas effrayé !

Je les ai suivi comme ça une demi-heure. J’étais à environ 30 mètres d’eux. Au final il y en avait 3. Ils se retournaient de temps en temps, mais j’étais toujours sous le vent : il ne pouvaient pas sentir mon odeur et les bruits que je pouvais faire étaient atténués.

Chevreuil

Canon 6D : ISO 16000, focale 400mm, ouverture f/5.6, obturation 1/250s

Vers 19H00, les conditions de luminosité étaient telles que faire des photos était devenu compliqué, par contre avec les yeux c’était toujours un vrai régal.

Chevreuil

Canon 6D : ISO 25600, focale 400mm, ouverture f/5.6, obturation 1/160s

C’était un rêve! j’étais tel l’enfant qui recevait un cadeau qu’il attendait depuis très longtemps.

Et ce rêve n’était pas fini!

Le lendemain matin j’y suis retourné. Au même endroit que la veille, je suis tombé, presque nez à nez, avec eux…

Sanglier

Canon 6D : ISO 25600, focale 400mm, ouverture f/5.6, obturation 1/125s

Un petit groupe de sangliers (Sus scrofa, Mammalia Suidae), observés à 8h30 du matin. Ils étaient suffisamment impressionnants pour provoquer une petite accélération du rythme cardiaque, donner une petite suée malgré les 10°C matinaux, et même finir par faire grandir une inquiétude en voyant ces animaux se diriger droit sur moi : assez rapidement j’ai oublié le côté photo et me suis demandé dans quel arbre j’allais pouvoir grimper avec tout mon barda, juste au cas où. Mais comme je n’ai pas bougé, ils ne se sont même pas aperçus que j’étais là, et les 5 compagnons de route ont poursuivi leur périple en passant sous une clôture…

En me retournant un chevreuil a surgi d’un petit chemin. Il était à moins de 6 mètres : j’étais immobile et râlais intérieurement en pensant à mon appareil photo impossible à bouger pour cadrer sans faire peur à l’animal. Cette femelle semblait un peu inquiète : il y avait un grand objet étrange en pleine ébullition devant elle… Mais elle est repartie sans précipitation dans son chemin.

Je n’avais même pas été détecté, je devenais très fort en camouflage!

Toujours est-il que très doucement je me suis avancé vers ce chemin sans trop me décoller du bord rempli d’un fouillis d’arbustes et d’herbes hautes et, malgré la luminosité plutôt faible, j’ai pu la photographier, mais sans avoir la possibilité de cadrer comme je l’aurais souhaité.

Chevreuil

Canon 6D : ISO 10000, focale 400mm, ouverture f/5.6, obturation 1/320s

Là par contre, le bruit du déclencheur l’a alerté et l’a grandement motivé pour rejoindre un sous-bois plus sécurisant.

Le secteur semblait être le paradis des chevreuils, je devais tenter de faire mieux encore !

Cette fois-ci j’étais accompagné par un cousin, le but consistait à faire le tour d’un champ de maïs et de tenter de suivre les pistes trouvées.

C’est fou ce qu’on peut faire comme rencontres dans un champ. Ainsi, c’était la première fois que je voyais un ragondin (Myocastor coypus, Mammalia Myocastoridae) hors de l’eau…

Ragondin

Canon 7D : ISO 500, focale 400mm, ouverture f/5.6, obturation 1/500s

… Piquer un sprint en constatant qu’il était observé.

Ragondin

Canon 7D : ISO 500, focale 400mm, ouverture f/5.6, obturation 1/500s

Bref, on contournait fort peu discrètement un champ de maïs non coupé et bien sec, le tout en bottes (la Nièvres est une contrée « un peu » humide, voire imbibée d’eau en cette saison)… Quant tout à coup mon cousin s’est arrêté, et pour cause !

Empreinte de sanglier

Canon 6D : ISO 1000, focale 84mm, ouverture f/5.6, obturation 1/250s

De ce côté ci, le bouchon mesure 78mm de diamètre : ce sanglier n’était donc pas particulièrement petit (en fait c’était même tout l’opposé), et son empreinte toute récente rendait le champ de maïs anxiogène : on n’entendait rien mis à part le bruit des fanes sèches qui s’entrechoquaient pour cause de vent. Encore heureux, de l’autre côté du champ, une empreinte similaire indiquait que l’animal en était sorti.

En continuant notre recherche, des tâches marrons ont fini par attirer notre attention dans un champ voisin.

Je me suis inséré entre deux rangs de maïs et j’ai commencé mon approche. A cause des feuilles sèches, je faisais un raffut pas possible, mais par chance le vent était avec moi. Les bottes ne faisaient aucun bruit sur ce sol souple (aucun rapport avec le sud-est où le sol calcaire recouvert de feuilles sèches complique les marches d’approche) et je suis parvenu à m’approcher. C’était des chevreuils.

Chevreuil

Canon 7D : ISO 400, focale 400mm, ouverture f/5.6, obturation 1/500s

Il y en avait même trois.

Chevreuil

Canon 7D : ISO 250, focale 180mm, ouverture f/5.6, obturation 1/250s

D’un seul coup l’un d’entre eux s’est relevé. Le vent avait tourné et je n’étais pas très discret non plus. De plus, j’étais maintenant quasiment à découvert : seule une haie basse de ronces me séparait de la vue des chevreuils.

Ceci dit, après quelques pas, il a recommencé à manger.

Chevreuil

Canon 7D : ISO 400, focale 400mm, ouverture f/5.6, obturation 1/500s

Mais je me suis fait avoir par le vent, le petit groupe s’est levé, en alerte….

Chevreuil

Canon 7D : ISO 400, focale 400mm, ouverture f/5.6, obturation 1/500s

Et a fini par s’enfuir.

Chevreuil

Canon 7D : ISO 500, focale 400mm, ouverture f/5.6, obturation 1/640s

C’était la première fois que je pouvais voir des animaux réellement libre, non appâtés ou attirés d’une quelconque façon, et en ne prenant pas de si grandes précautions que ça. Je veux dire par là que ces observations, moyennant des petites jumelles, auraient pu être effectuées par n’importe quel promeneur. Voilà pourquoi ce coin de France est un petit paradis.

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